Arlette Levy Anderson, un témoignage franco-danois
de l'Holocauste - après 45 ans de silence.
L'histoire de l'une des dernières survivantes d'Auschwitz, Arlette Levy Andersen, 95 ans.
Par Thomas Kvist Christiansen et
Catherine Morgan-Proux.
Le 27 janvier de cette année 2020 a marqué le 75ème anniversaire de la libération des prisonniers des camps de concentration de la Deuxième Guerre Mondiale. La commémoration organisée au Centre Culturel Jules Isaac, comportait un moment fort, le témoignage devant un public de collégiens d’une des prisonnières : Arlette Levy Andersen. Aujourd’hui âgée de 95 ans, elle fait partie des 2 500 juifs français déportés sur un total de 75 000 qui ont réussi à rentrer chez eux après avoir frôlé la mort à de multiples reprises dans les camps et pendant les marches de la mort.
En 1943, Arlette Levy était une jeune fille de 19 ans, étudiante en première année de licence d'anglais à l'Université de Clermont Ferrand et la tête pleine de projets et de désirs d'avenir. Elle avait fui la persécution juive à Paris avec ses parents, Edouard et Yvonne, pour se réfugier dans le petit village de Durtol à quelques kilomètres de son lieu d’études. Le matin du 25 novembre 1943, pendant les heures de cours, Arlette fut arrêtée lors de la plus grande rafle que le monde universitaire français ait connue, puis, après quelques semaines d’emprisonnement, déportée à Auschwitz.
Cette déportation a fait entrer Arlette Levy Andersen dans l'histoire de l’Holocauste. C'est un miracle qu'elle ait survécu à la captivité dans le pire camp de la mort dont le système d'extermination était organisé à l’échelle industrielle. Grâce à Jacques Stroumsa, un juif grec arrivé à Auschwitz en 1943, Arlette et son amie Denise également étudiante de Clermont Ferrand, ont obtenu un emploi dans une usine d'armement voisine. Ainsi, pendant les derniers mois de sa captivité à Auschwitz, elle a pu éviter le travail épouvantable dans le camp.
Les 24 lettres
Arlette Levy Andersen reconnait volontiers qu’elle a survécu au cauchemar grâce à cette aide précieuse, mais il n’y a aucun doute qu'elle a fait preuve d’une force mentale et d’une endurance remarquable. On mesure sa capacité à résister quand on lit les 24 lettres qu’elle a réussi à faire parvenir à ses parents toujours hébergés dans l’auberge bien nommé « Le Bon Accueil » à Durtol alors qu’elle était en état d’arrestation dans la caserne militaire du 92e régiment de Clermont Ferrand, lieu qui servait de prison. Elle y raconte sa vie quotidienne de prisonnière en listant les activités qui rythmaient ses journées. « La vie s’organise » rédige-t-elle, « travail, lecture, bavardages, jeux, promenades ».
Ses lettres nous frappent par l’énergie et la vaillance qu’elles dégagent. « Relevez les coins ! » répète- elle à sa famille en leur insufflant de l’espoir malgré une situation d’adversité extrême. Les mots de sa dernière lettre depuis Drancy sont particulièrement bouleversants :
“Je suis sure, mes deux chéris, que si vous voyiez ma tête, vous seriez rassurés. Imaginez une bouille toute ronde et rose un vrai bébé Cadum, quoi! Pour vous donner une idée j’ai grossi de 2 kilos depuis que je suis ici. C’est que je suis très très raisonnable, vous savez , et je mange tout ce que je peux pendant que je le peux car qui sait la suite ? La fin n’est certes plus loin et bientôt vous verrez nous nous retrouverons chez nous. Quel jour heureux.”
24 lettres donc en tout, une trace écrite précieuse d’une survivante.